Steve Kerr : « Dire non à Phil Jackson a été très difficile »

La nouvelle est tombée dans la nuit de mercredi à jeudi : Steve Kerr (48 ans) sera le head coach des Warriors pour les 5 prochaines saisons, et la bagatelle de 25 millions de dollars. Après une semaine riche en rumeurs – Stan Van Gundy, Lionel Hollins ont été contactés, voir plus pour SVG -, les Warriors peuvent désormais se consacrer pleinement à préparer au mieux la prochaine saison. Tout comme les Warriors, ces dernières semaines ont été très agitées pour Steve Kerr. Le consultant pour la TNT a vu son nom être fortement lié aux Knicks et à Phil Jackson, qui avait fait du shooteur des Bulls sa priorité numéro 1 pour remplacer Mike Woodson.

Finalement, Kerr a opté pour le soleil de la Californie et le banc de l’Oracle Arena. Tim Kawakami, journaliste au San Jose Mercury News, a pu s’entretenir avec le nouveau coach des Warriors sur ce choix.

« Je ne pourrais pas être plus excité. C’est très excitant, une superbe opportunité. Les personnes engagées ici sont géniales. Ca me semble être la situation parfaite. »

Pourtant, la signature de Kerr n’était pas gagnée d’avance, avec deux offres très intéressantes : coacher la franchise mythique des Knicks sous l’aile de son mentor, Phil Jackson, ou débarquer dans une franchise avec un gros potentiel. Joe Lacob, le propriétaire, et Kirk, son fils et assistant GM aux Warriors, connaissent Kerr depuis déjà quelques années, tandis que Kerr et Myers (le General Manager) ont eu des relations privilégiées puisque Bob Myers était l’agent de Robin Lopez, drafté par les Suns lorsque Steve Kerr était l’assistant manager. Ces relations ont pesé au moment du choix.

« J’ai déjà eu affaire avec Joe, Kirk mais surtout avec Bob. Bob et moi nous connaissons depuis des années. C’était un plus d’avoir eu des contacts par le passé avec eux. Je connaissais Bob, mais aussi Joe depuis un certain moment grâce à un ami commun. Il nous est arrivé de faire des parties de golf ensemble. Sans aucun doute, le fait de les connaître a permis à chacun d’être soit même.

Je me suis préparé depuis l’année dernière. Je savais que je voulais être coach, alors je m’y suis préparé et leur ait exposé mon travail. Mais nous avons plus évoqué l’équipe et ses possibilités. »

Cette préparation de Kerr a notamment bluffé Joe Lacob, impressionné par les détails relevés par Kerr.

« Je m’y suis préparé depuis un moment. J’ai vraiment vu les choses selon ma philosophie de jeu. Il y en a beaucoup, de tout type. Quand j’ai dit à Jeff Van Gundy (ndlr : ancien coach, consultant TV pour ESPN) que je voulais être coach, et lui ai demandé ce que je devais faire, il m’a conseillé de mettre sur papier tout ce qu’il me passait par la tête et qui pouvait avoir une importance pour une équipe. Ecrire. C’est le seul moyen de rassembler toutes ces idées et d’y réfléchir. C’était un excellent conseil.

J’ai détaillé quelles seraient mes attentes pour une équipe, quelle serait la façon de jouer, qui composerait mon staff, quelle serait ma routine quotidienne, les rapports avec les média, le staff… J’ai beaucoup réfléchi.

Quand j’ai décidé cette année que j’allais être coach, j’ai rassemblé des rapports et des résumés sur l’équipe, comme pour toutes les autres équipes. Quand le poste était vacant aux Warriors, je me suis concentré sur les Warriors, leur équipe et ce que j’aimerais faire.

Le coaching est quelque chose que j’ai travaillé en vue de débuter une carrière suivante. »

En rejoignant Golden State, Kerr aura l’occasion d’avoir sous ses ordres un joueur qu’il adore particulièrement : Stephen Curry. Lorsqu’il était GM des Suns, Kerr avait fait de Curry sa priorité numéro 1 lors de la Draft 2009. Le sort en a décidé autrement, et Kerr a vu filer son protégé prendre la direction d’Oakland.

« Nous nous sommes parlés la nuit dernière (ndlr : le 14 mai), et je lui ai dit que c’était une punition en repensant à 2009 ! La grande attractivité des Warriors n’est pas liée exclusivement à Stephen, mais à l’effectif tout entier. C’est une équipe très douée, très talentueuse. Ils ont réussi de bonnes choses ces dernières années, ils jouent des deux côtés du terrain. Ce ne sera pas une remise à zéro en aucun cas. Il s’agit plutôt de construire sur ce qui a été accompli les dernières saisons.

J’adore la mentalité. Mark Jackson a insufflé une identité défensive, en insistant aussi sur le rebond. Il a fait un très bon travail, ce qui va rendre mon travail plus facile. Je préfère m’appuyer sur une ossature solide plutôt que de repartir à zéro. Les fondations sont déjà là. C’est un poste vraiment intéressant. »

Kerr a ensuite confié que la discussion avec le meneur All-Star des Warriors s’est très bien passée.

« C’était très bien. Nous avons beaucoup ri à propos de la Draft. Il était très positif, et nous avons prévu de nous rencontrer très bientôt. J’ai encore du travail avec Turner (groupe auquel appartient la chaîne TNT). Nous devons nous rencontrer, mais nous ne sommes pas rentrés dans de plus amples détails. Il a exprimé son souhait de vouloir parler de l’équipe et de ses attentes, et comment nous pouvons faire pour nous améliorer. Je suis très impatient d’appeler le reste de l’équipe dans les prochains jours. »

Stephen Curry et Steve Kerr, en 2009

Stephen Curry et Steve Kerr, en 2009

Steve Kerr a évolué aux Chicago Bulls, avec Michael Jordan, sous les ordres de Phil Jackson. Le « Zen Master » est l’un des meilleurs tacticiens que la NBA ait connue, avec son « Triangle » devenu aussi mystérieux qu’efficace. Une stratégie sur laquelle va s’appuyer Steve Kerr aux Warriors ?

« L’attaque sera influencée par le Triangle, mais ce ne sera pas comme les Bulls des années 90, c’est une certitude. Le jeu a changé, et ma philosophie transparaîtra dans la stratégie. Par exemple, je serais complètement fou de ne pas m’appuyer sur des écrans autour de Steph, phase dans laquelle il est exceptionnel. Mais il y aura des petites retouches, liées à ceux qui m’ont influencé : Gregg Popovich, Phil Jackson, Lenny Wilkens… Ce sotn des coaches qui ont toujours insisté sur le mouvement du ballon, le spacing, le rythme, un système sur lequel s’appuyer, et ce que je compte faire.

Un temps pressenti pour être aux Warriors, Stan Van Gundy avait exigé d’être à la fois coach et président des opérations basket. Les dirigeants ont refusé, et SVG a pris la direction du Michigan et de Detroit. Qu’en sera-t-il pour Kerr ?

« Je ne serai pas un preneur de décision, et je ne le voudrais pas. J’aurai déjà assez de travail comme ça. Je pense que la situation la plus saine pour n’importe quel coach est d’avoir son mot à dire, sans avoir la décision finale. C’est le travail du General Manager. »

51 victoires. 2 participations consécutives aux playoffs. La suite ne sera pas simple pour Kerr, qui n’a pas peur du challenge et de la pression.

« Chaque poste en NBA a son lot de challenge, de pression. Au final, avoir une bonne équipe et de la pression est mieux que d’avoir une équipe et sans pression. Je ne fais pas référence à New York, mais je dis ça de manière générale. »

Le nouveau coach des Warriors est revenu sur ces dernières semaines, et la possibilité de rejoindre Phil Jackson aux Knicks.

« Dire non à Phil Jackson a été terrible. Il a été tellement important au cours de ma vie, il a eu une influence folle sur ma philosophie du jeu et dans la manière de construire une équipe. Quand Phil m’a demandé de venir aux Knicks, ma première pensée a été « Comment je pourrais dire non ? ». C’est pour cela qu’il m’a fallu du temps pour réfléchir… avant de savoir au plus profond de moi-même quelle était la meilleure solution. Après avoir discuté 3 heures avec les dirigeants des Warriors, j’ai su que c’était la bonne décision. »

La bonne décision pour Kerr, d’autant plus qu’elle lui permet d’être près de sa famille, et surtout d’avoir un poste à la tête d’une équipe pleine de promesses.

« D’un point de vue familial, c’est génial avec ma fille qui est à l’université de California, et avec ma femme et mes fils à San Diego. D’un point de vue basket, c’est formidable d’hériter d’une jeune et bonne équipe avec des joueurs et des dirigeants avec du caractère. Je suis confiant. Je suis ravi que tout ait marché. »